samedi 28 février 2009

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mercredi 25 février 2009

Nouvelles fraîches - Février

  • C'est arrivé ce mois-ci
C'est une femme d'une soixantaine d'années. Ses cheveux sont courts et blancs. Ils ont même l'éclat lumineux de ce soleil si souvent absent qui s'est récemment décidé à réapparaître. Sur quelques photos d'elle parues ici ou là, elle affiche un visage austère et froid, presque dur. Probable posture de circonstance. Autant à l'image des événements qui ont précédé sa nomination, qu'à celle du climat local. Pourtant, à y regarder de plus près, son regard est, à l'opposé, d'une douceur, d'une bonté extrême. Une source de chaleur bienfaisante qui n'exclut pas une détermination volcanique. Normal, donc. Elle, c'est Johanna Sigurdardottir. Nouvelle Premier Ministre d'Islande depuis le 1er février. Première femme à diriger un gouvernement dans ce pays. Certains ajoutent qu'elle est homosexuelle. Moi, je ne vois pas bien en quoi les penchants érotiques de cette dame offrent un éclairage différent sur le rôle qu'elle va être amené à jouer. Ici en tout cas, ce n'est pas un sujet. Et le fait qu'elle ait eu deux enfants d'un précédent mariage avec... un banquier, n'a pas empêché "Sainte Johanna" d'être plébiscitée par plus de 70% des islandais.

Je ne rappelerai pas dans quel contexte d'extrêmes tensions elle fut choisie, et je ne détaillerai pas davantage son programme d'urgence nationale. Cela a été expliqué un peu partout. (vous pouvez toutefois aller faire un tour par ici : http://www.lefigaro.fr/international/2009/02/05/01003-20090205ARTFIG00502-sainte-johanna-au-secours-de-l-islande-.php http://www.liberation.fr/monde/0101316252-islande-les-femmes-piquent-la-crise)

Je me contenterais de constater qu'à l'instar des nombreux excès, caractéristiques de la "terre de glace" et de ses habitants, le nouveau gouvernement (de gauche) et les objectifs qui lui sont assignés ont de quoi surprendre : 10 ministres au total et autant de femmes que d'hommes ; à peine 3 mois pour agir et tenter de remettre l'île sur les rails de la prospérité, avant les élections anticipées planifiées pour le 25 avril prochain ; et 2 partis * au pouvoir qui sont en complet désaccord sur 2 sujets cruciaux : l'aide du FMI et l'adhésion à l'Union Européenne. Bon courage Johanna. Je comprends mieux maintenant pourquoi certains qualifient cette ancienne hôtesse de l'air de "sainte".

* L'Alliance (Parti social démocrate, Alliance du peuple et Parti des femmes) et la Gauche Verte. Pour information, les partis conservateurs étaient au pouvoir depuis 1942.
Photo piquée à l'AFP.

  • Vu ailleurs !

Généreux islandais
" Quand nous avons parlé des retraités britanniques qui mouraient de froid, nos auditeurs n’en ont pas cru leurs oreilles "
a déclaré le journaliste d'une radio locale islandaise. A tel point que plusieurs familles sont arrivées tour à tour pour offrir des vêtements chauds. " Une fillette de 9 ans avait collecté 37 pulls magnifiques qu'elle a déposés à la radio " poursuit Heimir Karlsson. Écrasés par les dettes, mis sur la liste des organisations terroristes par le gouvernement de G. Brown fin 2008
et capables de semblables démarches spontanées. Je m'incline.

Nouvelle banque, nouvelle monnaie.
L'établissement créé en décembre dernier à Skagaströnd, un village de 650 joyeuses âmes au nord de l'Islande a de quoi faire sourire
. Et pour cause : elle a pris le nom de Banque du Plaisir (Gleðibanki). Et son capital a été constitué de 70 000 sourires ! Chaque actionnaire de cette banque pour rigoler a financé les 1000 sourires qu'il a reçus, d'un seul et unique sourire. Il existe même un indice du plaisir, un cours définit par rapport aux autres monnaies, des cartes de réduction valable chez les commerçants...
Et comme l'a justement fait remarquer l'un des fondateurs, cette banque-là ne pourra pas faire faillite.
Au moins tant qu'ils resteront hilares.

L'Islande, TOM de la France ?
Il y a quelques années,
Anna Agnarsdottir, historienne islandaise révélait que dans la seconde partie du XVIIIe siècle, la France envisagea d'échanger l'Islande (alors danoise) contre l'une de ses colonies (en l'occurence la Louisianne américaine), afin de renforcer sa position dans l'Atlantique Nord.
Pas de bol. Aujourd'hui ce Territoire d'Outre Mer me permettrait de trouver Camenberts, fois gras de canard, chapons et autres délices franco-français.

  • Vu ici

Pour celles et ceux que le mot "calorie" ne fait pas sombrer dans un coma irréversible, la gaufre peut être servi avec un petit pot de Nutella et un autre de chantilly. Notre fils par exemple ne fait pas partie de ces âmes sensibles et a même parfois tenté de s'octroyer mes petits pots à moi. Sans succès je vous rassure. Vous pourrez aussi commander une assiette à base d'œufs brouillés, de bacon, de petites saucisses et d'une sauce marron dont je serais bien incapable de détailler la composition. Par période de grand froid, ça vous cale un bout de temps. Et pour ceux qui décidément sont d'éternels végétariens, les tartes aux légumes sont "maison". L'endroit ressemble à un salon de thé. Toutefois, au regard de ce qui vous est servi, je crains qu'il n'en soit pas tout à fait un.

Tíu Dropar
Laugavegur 27

101 Reykjavik

  • Prochainement...
1er mars, Jour de la bière.
Je n'ai pas repéré d'autres événements notables. La vente de la bière n’ayant été autorisée en Islande qu’en 1989, le 1er mars a été déclaré "Jour de la bière". Cette date historique est ici célébrée avec la modération légendaire des islandais.

  • Bonus
Pour ceux qui ne connaissent pas encore Emiliana Torrini, la chanteuse islando-italienne ; mais qui ne connaît pas ?

jeudi 19 février 2009

Vocation auto-brisée.

À 5 ans, j’avais pour curieuse habitude de m’intéresser aux disques en vinyle de mon père.
Je pénétrais dans l’immense bureau, m’asseyais devant les colonnes cubiques disposées un peu partout sur le sol et sortais les galettes noires de leurs emballages colorées. Libérant ainsi Frédéric Chopin ou Jean Sébastien Bach de l’étreinte pesante d’un Fats Waller ou d'un Big Sid Catlett.
Je me contentais de reconstituer les piles en disposant les disques nus les uns sur les autres, soucieux de retrouver la ronde apparence qui sied à toute colonne digne de ce nom.
L’exercice s’arrêtait là.
Les enfants de 5 ans ont parfois d’étranges lubies.

La vision cauchemardesque de ces colonnes bis ne manquait jamais de m’attirer la colère de mon père. Il pointait alors son index vers le ciel comme pour désigner un Dieu complice et tout ouï, se penchait vers moi en me fixant droit dans les yeux et tentait de m'expliquer les vertus protectrices des fines pochettes en carton.

Vers 11 ans, l’intérêt purement architectural porté aux galettes noires s’est mu en désir de comprendre ce qui motivait l’énervement paternel. Je me suis mis à écouter avec frénésie les secrets contenus dans les sombres cercles.
Mon père absent, j’activais le curieux tracteur suspendu à son bras articulé et le déposais avec précaution dans les microsillons. Ses goûts musicaux étant éclectiques, j’ai pu labourer ainsi, des heures durant, des champs sonores aux tonalités disparates.
Debussy, Satie, Rachmaninov
, puis Charlie Parker, Monk, Django Reinhardt se succédèrent au rythme de ces planètes plates que j’interchangeais et réécoutais sans cesse.

De ce patient et plaisant labeur qui dura près d’un an, je récoltai l’envie de produire des sons à mon tour. Je profitais aussi souvent que possible de la disparition d’Index Man pour enfoncer mes doigts sur les touches en ivoire.
Incapable de lire la musique, je tentais de reproduire sur le piano droit les mélodies entendues pendant de longs mois.
Hésitations et tâtonnements furent d’abord mon lot quotidien. Inlassablement, j’écoutais 10, 20, 30 fois une même séquence afin de la mémoriser, en déplaçant la tête de lecture de l’électrophone.
J’actionnais ensuite, l’un après l’autre, chaque petit marteau feutré, en espérant qu’il produirait le son attendu. Instinctivement, je percevais le sens de ces phrases musicales comme on comprend celui d’un livre. J’assimilais la raison d’être de chaque note et devinais sa place exacte dans la phrase.
Cette prédisposition me permit de progresser relativement rapidement. En quelques jours seulement, je parvenais à jouer des deux mains les premières mesures d'une fugue de JS ou d’une Gymnopédie d’Eric.
J’eus toutefois un peu plus de difficulté pour traduire au piano le magnifique Prélude n°1 de Villas-lobos. Il est vrai qu’il fut écrit pour la guitare.

Mes naïves tentatives révélaient néanmoins une volonté qui excluait le moindre doute quant à mes chances de réussite. Aucune partition n’eut pu résister à mes décryptages sonores.

Au bout d’un an, lassé des efforts qu’impliquaient ces déchiffrages, j’entrepris de composer. J’entrai alors dans une nouvelle dimension. Celle de la création. Voilà un truc qui me bottait. D’abord parce qu’il m’évitait le fastidieux et patient travail de reproduction. Ensuite parce qu’il m’offrait la joie intense, inédite, valorisante d’être à l’origine des sons produits. D’être le créateur d’œuvres qui n’existaient pas la veille.
Je fus Dieu. Chacune de mes compositions m’apparaissait comme autant de miracles acoustiques. En quelques mois j’étais parvenu à inventer une dizaine de morceaux que je jouais en boucle avec un bonheur qui ne faiblissait pas.
Certes, les curieuses contorsions de mes doigts sur les touches et la lenteur relative de mes déplacements sur le clavier, fruits d’une pratique autodidacte, limitaient fortement la richesse de mes narrations tapageuses. Mais bien loin de décourager mes velléités créatives, ces carences techniques stimulaient au contraire mon imagination. M’obligeant à adapter et à corriger les parties que je savais ne pouvoir interpréter.

Mon père finit par découvrir cette disposition dont les prémisses lui avaient pourtant été révélées quelques années plus tôt.
Il m'encouragea à poursuivre et finança même des cours particuliers de solfège que je finis par interrompre à peine 6 mois plus tard, écœuré par ces séances ennuyeuses d'alphabétisation musicale.
Autant je révélai un acharnement qui me semble aujourd'hui étonnant, pour reproduire laborieusement quelques portées célèbres, autant je manquai l'opportunité de muscler ma passion en faisant preuve d'une lamentable paresse.

Si bien que quelques années plus tard, vers 18 ans, n'ayant pu démontrer que j'étais capable de relever ce modeste défi, je fus logiquement débouté de mon souhait d
'intégrer le Berklee College of Music de Boston.

C'est une brillante carrière de compositeur adulé que je loupai stupidement. Et l'occasion tout autant prestigieuse de draguer
l’air de rien dans les soirées mondaines de jolies femmes aux yeux cramoisis d’une admiration larmoyante, campées sur des jambes longilignes et accessoirement pourvues de seins outrageusement gonflés d’un désir rondement affiché, prêtes à m’écouter, béates, leur interpréter mon dernier single, depuis 6 mois au top ten des ventes mondiales.

mercredi 11 février 2009

Roupillon

Parfois, je m'endors.
Phénomène assez répandu dont je ne peux revendiquer l'exclusivité.

C'est vrai.

Mais moi je m'endors devant, voire sur mon écran d'ordinateur portable.
C'est tout de même plus rare.


J'attends. J'attends encore. Et je m'endors.

Je cherche vainement le sujet du jour.

Mais à l'inverse du poète assoupi de Cézanne, aucune muse ailée ne daigne se pointer pour me faire un bisou inspiré.

Alors je ronfle.


Moi, ce sont les moutons qui passent me faire un
bêêêêê-bêêêêê de temps à autre. Ils arrivent, tournent la tête, me fixent de leur petits yeux bovidés en ruminant et me bêêêêê dans la tronche.

Pas étonnant que certains me fassent parfois remarquer : "il est un peu mou ton article !".


Je tente bien quelques discrètes incursions chez
les Kiji, Delphinium, Kaay, Permutant Therapy, Olivier de Montreal, Mandy et autre Plume Vive, histoire de cerner leurs méthodes.
Sur la pointe des pieds, je pénètre silencieusement dans les univers intimes.

Virtuels êtres humains blogophiles rencontrés par hasard et sans doute condamnés à ne jamais se rencontrer ailleurs que dans le cyber espace. Nous sommes tous dans une sorte de salle gigantesque, scindée en petites pièces cloisonnées. Il suffit à chacun d'entre nous de franchir une porte pseudonymique pour accéder à l'exposition permanente de nos vies respectives.

J'ai d'abord pensé que c'était un peu triste. J'ai finalement conclu que parfois, le hasard faisait bien les choses et que les échanges numériques valaient mieux que pas d'échanges du tout.

Qu'en penses-tu, spectateur invisible qui vient d'entrer ici ?

Bon allez, je m'endors à nouveau.
Mais plutôt que de sombrer totalement sur mon oreiller alphabétique, je vais opter pour un bon lit.
Cela m'évitera de me réveiller avec des pièces de Scrabble sur le front.
Et cette fois je rêverai de bâillements de soleil.
Au diable les moutons islandais.