samedi 31 janvier 2009

Footu !

Le samedi après midi – à 17h pour être précis - je joue au foot en salle. Il y a quinze jours, le lendemain de mon retour de Paris, je me suis rendu à KR, l’un des clubs de Reykjavik, pour reprendre mes séances hebdomadaires.


Un mois que je n’avais pas frappé dans une balle.
Trop occupé à liquider les bulles dorées effectuant leurs va-et-vient verticaux dans les jolies coupes en cristal environnantes. Gavé du foie des charmants volatiles qui le furent avant moi. Ces agapes nordiques à tendance rabelaisienne gonflèrent ma panse, fragilisèrent mes jambes d’habitude si musclées et ramollirent mon cerveau, qui n’était déjà pas bien dur à l’ouvrage ces derniers temps.


La reprise fut donc difficile. Et la perspective de courir après cette balle qui fusait d’une pointure 44 à une 46 et demi (n’oublions pas que j’évolue avec les géants islandais) ne m’emballa finalement qu’assez peu.
L’orgueil sans doute, stimula mes neurones avachis qui eux-mêmes réveillèrent la machine endormie. La plupart des mes organes réagirent avec une vive opposition à cette soudaine sollicitation. Mon crâne d’abord manifesta son désarroi, tels des voisins énervés. Des dizaines de petits moi assoupis se mirent à frapper à la porte de mes tempes, furieux d’avoir été ainsi sortis de leurs lits. Ma poitrine ensuite, se mut en clocher de village qui sonnait les douze coups de midi. Et puis, entre deux démarrages en trombe, j’expulsais les traces odorantes de mes récents festins par tous les orifices disponibles. Éructant souvent, canardant parfois mes condisciples du souffle détonnant d’un gaz aux relents de Donald Duck. Je me rassurai en pensant que ni les oreilles, ni le nez n’étaient conçus pour semblables délestages.

Pouêt je fis, poète devenu je suis !


Vers 17h22, l’un des membres jusqu’alors resté calme, exprima à son tour ses réticences. Tandis que je tentais un démarrage dans la surface de réparation, en accélérant violemment pour récupérer un ballon qui filait vers l’adversaire, mon genou gauche abdiqua.

Dans un tonitruant « clac-clac », il fut en vrac. Les genoux ne sont pas conçus pour se déboîter et se ré emboîter dans la foulée.
« Knee ! », « Knee ! », « Knee ! », m’écriais-je douloureusement, tels les drolatiques chevaliers des Monty Python. Footu Sacré graal que cette putain de balle inaccessible que j’avais convoitée comme d’autres leur « shrubbery » (sous titré jardinet dans le film).
Mon genou devient rapidement pamplemousse tout rose. Et je récupérai 2 jambes supplémentaires en aluminium pour porter les restes d’un corps défait.
Plus de foot avant longtemps.

Morale de l’histoire : ni bon vous êtes, « knee » mauvais vous obtiendrez.

vendredi 23 janvier 2009

Pour réussir, il ne suffit pas d'essayer. Il faut persévérer. (Cesbron)

Bon. Loupé.
Il y a quelque semaines, je participais à un concours de nouvelles sur le thème de la tentation.
Certains camarades compatissants commentaient d’ailleurs la chose ici même :
http://vivre-en-islande.blogspot.com/2008/09/view-master.html

Le moins que l’on puisse dire c’est que la décision du jury fut unanime dans la rebuffade : niet !
Mon View Master n’apparaissait même pas dans les 100 premiers classés.

Et il y a quelques jours, ayant discrètement participé à un autre concours de Nouvelles (le Prix Plume d’agence), je ne fus pas davantage sélectionné parmi les 11 projets en lice pour la phase finale, en dépit du faible nombre de manuscrits envoyés (64).



C’est dire dans quel abyme d’approximation rédactionnelle je me situe.

Certains chaleureux amis bloggers mis à part, ma prose ne fait donc pas l’unanimité. Bien peu d’auteurs font l’unanimité me direz-vous ? Certes. Mais tout de même : dans les deux cas, il s’agissait de prétendus "professionnels". De gens capables de repérer les prémisses du talent. De choisir parmi quelques dizaines d’œuvres, celles susceptibles d'émerger.


Alors de deux choses, l’une : soit j’oublie la nouvelle comme sésame littéraire et j’opte pour la poésie, le pamphlet, le roman, voire le livre pour enfants… enfin, pour tous les styles narratifs qui n’impliquent pas nécessairement une inspiration mixant concision, rythme effréné et sens de l’histoire ; soit j’oublie d’écrire. Tout court.


A l'annonce des mes échecs successifs, les exclamations finissant par "on", "ard" et "ulé" jaillirent de ma bouche avec une spontanéité franchement dépourvue de retenue.

Comme disait je ne sais plus qui : « Quelque vanité qu'on nous reproche, nous avons besoin quelquefois qu'on nous assure de notre mérite. »

Je fus faible.


Cette grossièreté salvatrice me fit d’abord opter pour la seconde solution. Tel un poète maudit, la main sur le front et la tête tristement courbée, je décidai dans un premier temps d’arrêter de le perdre. Mon temps. À vouloir gagner sa croûte en vivant ses rêves on finit par se prendre des pains mérités.


Mais à vaincre sans péril, ne triomphe-t-on pas sans gloire ? Ma prétention débile me conduirait-elle à l’abandon ?

Têtu, j’étais. Obstiné je resterai.
Je décidai finalement de persévérer.
Les commentaires encourageants laissés ici ou là sur ce blog achevèrent de me convaincre de m’accrocher à mon stylo comme un alpiniste se cramponne à son piolet pour ralentir une chute dont on ne voit pas très bien comment elle pourrait être évitée de toute façon. L'espoir fait vivre.


Pour finir, je m’autorise à citer Edmond Rostand afin d'illustrer ma conception de la méthode Coué : « S'incliner devant la raison des sots, c'est l'héroïsme des gens d'esprit ».


Et toc.

mardi 20 janvier 2009

"Je ne suis plus. Donc je suis libre" (2)

Un coup de sifflet retentit et je vois les formes blanches se disperser en trottinant dans tous les sens avec leur lourde masse en mains. J’ai l’impression de jouer l’un des spermatozoïdes dans « Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le sexe sans jamais oser le demander » (Woody Allen), prêt à tenter ma chance lors de l’assaut final.

L’un des gamètes me fait signe de le suivre. Rosa me guide dans l’hôtel avec une connaissance éprouvée des lieux. Je monte des escaliers, longe de longs couloirs, traverse des halls, en croisant partout des anges casqués jouant les démons dévastateurs. L’un d’eux s’arrête en me voyant passer et me fait un signe avec son pouce, manifestement autant ravi de s’acharner sur son fauteuil, que désireux de faire une petite pause avant de lui porter le coup fatal.


Rosa se fige devant la porte de la chambre n°64. Elle me regarde un instant sans parler, ce que de toute façon elle n'aurait pu faire avec son masque qui lui recouvre la bouche et le nez. Puis elle fixe à nouveau le nombre sur la porte. Elle me fait reculer en me poussant doucement avec sa main et je la vois relever lentement sa masse comme si elle s’apprêtait à lancer un javelot. Elle commence à frapper, d’abord à raison d’un coup toutes les 10 secondes environ ; elle fait une pause et reprend ses va-et-vient. Puis le rythme s’accélère et la puissance des chocs s’intensifie. Progressivement, c’est l’agressivité de Rosa qui prend le dessus. Le physique suit. Elle ne casse plus simplement une banale porte de chambre d’hôtel, elle détruit les souvenirs dissimulés derrière elle. La violence inouïe et ininterrompue de son acharnement révèle l’ampleur de son tourment. Les bruits assourdissants du marteau sur ce qui reste de cette pauvre porte 64 s’accompagnent maintenant de ses râles courts et graves. Elle n’est plus la douce Rosa, avec ses yeux de velours, elle est une sorte de tueur psychopathe qui achève maintenant sa triste besogne, à genoux sur sa victime, la numéro 64, qui a fini par sortir de ses gongs et tomber au sol.
Elle s’interrompt brusquement au bout de 10 minutes, essoufflée. Elle enlève son masque, ses lunettes et s’éponge le front avec sa main gantée. En entrant dans la chambre, que je commence à inspecter, curieux de découvrir ce qu’a été le supposé nid d’amour de Rosa, je ne fais aucun commentaire particulier sur l’exécution sommaire à laquelle je viens d’assister. Moins enclin à défoncer tout ce qui peut l’être, je donne machinalement quelques coups, par ci, par là, avec la nonchalance d’un gars qui attrape des papillons, tout en jetant de brefs coups d’œil interrogatifs sur Rosa, toujours agenouillée sur la dépouille de la porte 64.
La chambre n’a strictement rien d’extraordinaire. Un lit double avec un dessus de lit jaune pisseux, une petite table de nuit et une lampe de chevet à chaque extrémité, un pupitre en bois clair, un téléviseur en hauteur, la photo d’une cathédrale accrochée au mur… J’arrête là parce très franchement, j’ai du mal à imaginer ce qu’a pu être une telle passion dans un endroit aussi insignifiant.

C’est ici que nous nous sommes aimés. C’est ici aussi, qu’il m’a avoué ses autres liaisons et l’existence de ses enfants. Et c’est ici enfin que je l’ai quitté.
Elle se met à raconter ce que je savais déjà en partie : elle l’avait rencontré à 19 ans, il en avait 20 de plus qu’elle, elle avait arrêté ses études d’Histoire de l’art pour le suivre et vivre avec lui, elle connaissait ses activités malhonnêtes, il arrêterait dès qu’ils auraient assez d’argent pour partir faire le tour du monde en voilier, il ne faisait tout cela que pour elle et parce qu’il n’avait
aucun talent particulier, il ne ferait quoi qu’il en soit jamais de mal à qui que ce soit, il n’était pas un assassin, il respectait la vie, il aimait la vie, grâce à elle, mais il ne voulait pas d’une vie minable, il voulait lui offrir une existence à la hauteur de son amour pour elle, parce qu’il mesurait leur différence d’âge, et parce qu’il savait, même si elle voulait l’ignorer, qu’elle finirait par se lasser d’un quotidien sans surprise.
Elle me détaille leurs nuits d’espoirs et la façon dont ils se représentaient leur vie future. Elle ressasse son rêve à elle d’embaumer leur maison du parfum de fleurs par milliers et des senteurs d’une tarte qui sommeille au four, d’éclairer chaque pièce de bougies dont l’existence se consumerait au son d’une symphonie de Mendelssohn, de laisser les rayons chauds du soleil se répandre sur les draps froissés de leurs nuits d’amour. Ils projetaient sur les murs délavés de la chambre 64, les images furtives d’un bonheur désiré qui leur serait refusé. Il s’était comporté comme un gentil vaurien, rêveur, naïf, rieur et complice et elle l’avait aimé comme aucun autre pour cet espoir touchant qu’il manifestait avec la grâce et la sincérité de ces hommes qui n’ont jamais oublié qu’un jour ils furent des enfants. Mais le jour où elle avait découvert une photo avec deux gamins dans ses bras, Roberto, le gentil chenapan, était redevenu le vulgaire escroc qu’il avait peut-être toujours été. C’était sur ces 6 années de vaines promesses, de rêves inaccomplis, d’espérances déçues qu’elle s’était acharnée tout à l’heure.

En la voyant, ainsi effondrée, sur le rectangle défoncé de ses souvenirs artificiels, tel un naufragé désespéré sur son radeau de bois, les vers magnifiques de Paul Verlaine me reviennent à l’esprit : « Les sanglots longs des violons de l’automne blessent mon cœur d’une langueur monotone ». Aucun véritable rapport avec ce à quoi j’avais assisté. Les associations d’idées peuvent être tout autant imprévisibles qu’hors sujets ; c’est sans doute ce qui fait leur charme.

Je prends Rosa dans mes bras avec l’espoir stérile d’apaiser sa détresse et le désir tout autant inutile de partager sa nostalgie. C’est le désir tout court qui l’emporte sur mes prétendues bonnes résolutions ; une fois encore, je dois m’efforcer de dissimuler une subite et violente érection. Je ne parviendrai décidément jamais à comprendre ce qui peut me faire bander en pareille situation. Je conclus définitivement à un dérèglement hormonal lié à mon âge avancé.
Un homme fait irruption dans la chambre. En nous voyant dans les bras l’un de l’autre, Rosa en larmes, il s’inquiète et demande si nous nous sommes blessés. Je le rassure et me remets à casser quelques trucs dans la chambre pour prouver que notre détermination destructrice est intacte.

À la fin de l’après-midi, nous quittons un hôtel totalement saccagé. Rosa et moi sommes épuisés par l’énergie dépensée ; énergie que moi aussi j’ai finie par déployer autant pour me convaincre du pouvoir de défoulement de ce genre d’exercice, que pour montrer au 28 autres que je pouvais être solidaire de leur fureur dévastatrice.
Je propose à Rosa de m’accompagner à mon hôtel pour nous reposer. Elle accepte en souriant, pas vraiment dupe de mes intentions. À peine entré dans ma chambre, prétextant une fatigue extrême, je plonge sur mon lit pour, en réalité, contrôler les performances rebondissantes du matelas et les propriétés acoustiques du sommier. Curieuse vérification, pensais-je. C’est bien la première fois de ma vie que je m’intéresse aux capacités d’absorption d’un lit. En arrivant devant mon hôtel, je m’étais imaginé dans ce même lit, faisant l’amour à Rosa au rythme des bruits de ressorts rouillés. Cela m’avait d’abord fait sourire. Puis je m’étais dit que cela ne pouvait pas se passer ainsi. Dans l’idée romantique que je me faisais d’une nuit d’amour avec elle, les grincements n’avaient pas leur place, la sombre musique de ces hennissements pathétiques ne cadraient pas avec mon impérissable désir de perfection. Je suis maintenant rassuré : le lit ne couinera pas. (...)
Extrait - Tous droits réservés - Dépôt Cléo/SGDL

samedi 10 janvier 2009

"Je ne suis plus. Donc je suis libre"

As-tu envie de te défouler ?
Rosa m’a retrouvé devant mon hôtel. Elle est belle. Elle porte un chemisier gris très pâle et une jupe noire en soie sur laquelle ses mains se posent parfois, telle une Marilyn, au gré des bourrasques qui caressent son intimité. Elle joue avec ce vent espiègle qui retrousse le tissu léger. J’aimerais tant être ce tourbillon chaud qui s’engouffre entre ses jambes fines et musclées.
Devant ma perplexité, Rosa poursuit.
Souhaites-tu te défouler en détruisant un truc avec une grosse masse ?
Je ne suis pas plus enclin à formuler un avis. Dans un sens comme dans l’autre.
Je te propose d’aller détruire l’intérieur d’un hôtel en plein coeur de Madrid, avec 28 autres personnes, triées sur le volet parmi 1000 candidats : ça te tente ? Je devais y aller avec Roberto, mais comme je n’ai plus de nouvelles depuis notre séparation, je suppose qu’il ne viendra pas. Alors ? Partant pour un saccage dé-stressant ?
J’acquiesce mollement, ne me sentant pas particulièrement stressé et doutant de toute façon que ce genre d’exercice parvienne à me faire oublier qui je suis. Ou plutôt qui je ne suis plus. L’opération avait été astucieusement montée par une chaîne d’hôtels espagnols – NH Hoteles – qui souhaitait rénover l’établissement dans lequel nous allions pouvoir exprimer nos capacités de nuisance.
Lorsque nous arrivons Avenida de Madrid, dans la zone industrielle d’Arganda del Rey, quelques photographes, une chaîne de télévision et une petite foule de badauds sont déjà là. Il n’y a rien de particulièrement intéressant à voir, pas de type en haut de l’immeuble, hésitant à sauter dans le vide, pas de prise d’otages sanglante, pas de stars à dévisager pour comparer l’idée qu’ils s’en font avec la réalité, mais les gens sont là. En règle général, il suffit qu’une caméra pointe le bout de son objectif quelque part pour attirer les abrutis du monde entier. Même quand il s’agit de se contenter d’entendre vaguement des bruits de marteaux sur des murs, vous trouverez toujours des gens pour se pointer et attendre qu’il se passe un truc. Quel truc ? Je n’en sais rien. Peut-être qu’un des type à l’intérieur de l’hôtel se décide à fracasser la tête de l’un de ses congénères.
De la même façon, je me suis toujours demandé à quoi servaient les personnes toujours souriantes et adeptes de l’applaudimètre qu’on aperçoit au second plan dans un grand nombre d'émissions télévisées. Ces tentatives originales de décoration intérieure, visent-elles à démontrer que les plantes vertes aussi peuvent porter la cravate ou la robe à fleurs ? Je blague. J'adore les plantes vertes. J’ai bien conscience que du point de vue des chaînes d’abord, il s’avère quasi vital de montrer au fidèle téléspectateur que dans son petit écran, il existe un autre monde que son monde pourri, où on s’amuse, où on rigole, où des gens comme lui tapent tous ensemble dans leurs quenottes et que voilà, il y a de la vie, de l’espoir et que c’est quand même beau la vie quant c’est la fête et que c’est une super émission qu’on leur donne à regarder et qu’ils ont intérêt à ne pas la manquer. Et puis, quand le téléspectateur commence à s’emmerder parce qu’il en a marre, au hasard, que Marc-Olivier interrompe pour la 23e fois son interlocuteur qui rame, en bégayant, pour finir chacune de ses phrases, notre téléspectateur peut alors plaisamment patienter et échapper à l’irrépressible envie de détruire son téléviseur, en jetant un bref coup d’œil au public ; ça permet de le distraire et de le détendre un peu. Il peut mater les belles gonzesses placées en général au premier rang et en jupe. Jolies filles dont j’ai pu constater que leur nombre était inversement proportionnel à l’intérêt de l’émission concernée.

Enfin, du point de vue du public invité, j’imagine que la perspective d’être vu par les amis, les collègues de bureau, la famille, la boulangère, accessoirement son banquier, que l’on aura pris soin de prévenir qu’on passait tel jour, à telle heure, sur telle chaîne, s’apparente à une sorte de grand moment de gloire.
Je suis presque une célébrité, je suis au 2e rang à gauche, juste derrière Thierry Ardisson. Je suis dans l’anti-chambre du star système. La prochaine fois je chante « J’aurais voulu être un artiste » à l’Olympia, c’est certain. Alors avec mes cachets à venir, vous n’allez quand même pas m’emmerder pour 2000 petits euros de découvert, si ?

Donc, nous arrivons devant l’hôtel et nous nous apprêtons à y entrer sous le regard admiratif de la petite foule présente.
Je connais bien le propriétaire de l’hôtel. Tu ne dis rien et tu me suis .
Après avoir parlé successivement avec 5 ou 6 personnes, présenté nos pièces d’identité et salué chaleureusement le propriétaire de l’hôtel, une jeune femme nous conduit dans une grande pièce qui sert encore de salle de réunion. Là, nous enfilons nos combinaisons blanches, nos masques et nos lunettes de protection, et nous prenons possession de l’outil qui va nous permettre de détruire dans la joie et la bonne humeur, chaises, tables, armoires, guéridons, téléviseurs, lampes, murs, portes… et accessoirement d’arracher les moquettes des 146 chambres, de la réception et des parties commune de l’hôtel NH Arganda, édifié il y a plus de 10 ans et qui s’évite ainsi les frais de démolition d’une entreprise et par la même occasion une jolie publicité. Nous sommes emmenés ensuite dans une autre pièce encore plus grande dans laquelle nous retrouvons nos complices immaculés. Derrière les protections, je devine la tension jubilatoire des 30 candidats au carnage autorisé. Nous sommes comme des gamins sagement alignés auxquels on s’apprête à donner le coup d’envoi d’une chasse au trésor de plusieurs heures. Mais là c’est encore mieux, nous allons pouvoir tout casser, avec la bénédiction du propriétaire des lieux.

(...)
Extrait - Tous droits réservés - Dépôt Cléo/SGDL