mercredi 31 décembre 2008

Ayai

J'ai fini.
Mon Sex existe enfin !

Mon "Sex à Reykjavik".

Conte déjanté, aventure familiale déraisonnable et parfaitement assumée, histoire d'amour contrariée; ce récit s'apparente à un patchwork d'émotions volcaniques et de péripéties glacées, avec l'Islande en toile de fond et l'auto dérision pour tonalité.

Reste plus qu'à...

Le plus difficile donc.

Trouver l'éditeur.

Un 2009 tout neuf s'apprête à chasser un 2008 qui s'enfuit sans espoir de retour ; alors je vous livre l'extrait qui convient.
Bonne année à vous.

Le bruit de la fête.
Ils passèrent leur premier nouvel an en famille. À 6 donc. Cette nouvelle année marqua le début de mésaventures successives qui allaient troubler la paisible existence familiale. Le soir du 31 décembre, chacun avait son chapeau en carton et son lot de serpentins colorés. Comme à son habitude, Erwan avait préparé le repas : foie gras, saumon, crevettes grillées cuites au soja et au citron vert, le tout accompagné d’une poêlée de pommes de terre et de carottes sautées. Pas si sautées que cela en fait. Il avait craint que ses légumes ne fussent pas assez cuits. Ils le furent trop. Le terme « purée » eut été plus adapté à l’apparence de sa préparation finale.
Depuis qu’il était ici, il cuisinait presque chaque jour avec bonheur. Mais le plaisir était-il partagé ? Erwan s’interrogeait d’autant plus sur la sincérité des compliments qui lui étaient adressés que la saveur de ses plats pouvait s’avérer, de son propre aveu, parfois douteuse. Ses efforts assidus, sa persévérance incitaient-ils Vanou à lui épargner des critiques pourtant souvent méritées ? Il était une sorte d’AssuranceTourix, barde approximatif, chanteur incertain, que l’on épargnait parfois tant son acharnement apparaissait sympathique.
On leur avait dit que pendant cette période de fêtes, ils allaient découvrir le feu d’artifice islandais.
L’idée que Vanou et Erwan s’en faisaient correspondait au souvenir de ceux auxquels ils avaient assisté en France, le 15 août : 15 à 20 minutes de détonations ininterrompues dans un ciel bardé de couleurs. Un truc de pro. Un spectacle. Mais un spectacle qui finissait par s’arrêter. En Islande, il n’y avait pas un, mais des feux d’artifices. Et ils duraient environ un mois. En fait, chaque islandais, du plus jeune au plus âgé, pouvait s’improviser organisateur de show pyrotechnique. Ils ne s’en privaient pas. Les hostilités démarrèrent dès le 29 décembre. Phase d’entraînement sans doute. De préférence jusqu’à 2h du matin. Et ils se poursuivirent jusque dans la nuit du 30 janvier environ. Plus qu’un rite festif, il devait s’agir du sport national islandais. Vanou eut préféré qu’ils optassent pour le cerf-volant.
Elle avait cru d’abord que leur quartier avait été sélectionné pour une expérience visant à mesurer la capacité de résistance au bruit d’une famille normalement constituée.
Il lui avait semblé que les rampes de lancement avaient été délibérément situées dans un rayon de 50 à 100 mètres de leur maison. Ils ne profitaient donc pas nécessairement des jolis palmiers, pivoines et autres saules pleureurs que dessinaient ces feux, et qui pouvaient être masqués par les maisons alentours, mais ils pâtissaient assurément des détonations qui les accompagnaient.
Le feu d’artifice amateur présentait par ailleurs cette caractéristique très agaçante de pouvoir éclater dans un bruit assourdissant sans pour autant déployer sa cohorte de nuances variées.
Une sorte de coït visuel interrompu. Moins frustrant que l’autre, mais aussi beaucoup plus bruyant. Ils récoltaient tous les effets secondaires sans être soulagés de leur désir de divertissement.
Vanou avait fini par comprendre que l’expérience était générale. Car pour avoir un meilleur point de vue, ils s’étaient tous rendus dans les bureaux de Sinak, situés au dernier étage d’un immeuble qui en comptait 4. Du balcon, ils pouvaient profiter d’un panorama exceptionnel sur toute la capitale.
Reykjavik ressemblait à une ville assiégée ; étrangement déserte. Après l’effervescence de Noël, un no man’s land. Ils avaient dénombré jusqu’à 12 feux d’artifice simultanés. Proches ou éloignés. Une expérimentation de résistance au bruit à grande échelle donc. Une tentative éphémère et répétée d’occupation du ciel. Las, après avoir admiré une centaine de courtes exhibitions colorées plus ou moins abouties, lorsque les qualificatifs – oh la belle bleue, oh la belle rouge… - vinrent à manquer pour décrire le cent unième et qu’une pluie glacée fit son apparition, ils jugèrent préférable de renoncer. Ils étaient donc rentrés.

La rareté donne leur valeur aux choses. Les feux d’artifice n’échappent pas à la règle.
En arrivant chez eux vers deux heures du matin, les déflagrations continuaient. Le sentiment d’être des cobayes s’était estompé, pas celui d’être des cibles. Dans leurs lits, à peine tentaient-ils de fermer un œil qu’une détonation les faisait sursauter. Dans la pénombre de leur chambre, lorsqu’ils tombaient dans un demi-sommeil, le moindre froissement, le plus infime craquement prenait des proportions démesurées. Alors que dire du son d’explosions et de pétarades savamment orchestrées ?
Curieusement, l’inventivité de l’être humain n’était jamais aussi créative que lorsqu’il s’agissait de traumatiser ses semblables. Et en matière d’explosions, l’islandais moyen faisait preuve d’un talent rare. Faute de pouvoir dormir, Vanou et Erwan comptabilisèrent les différentes variétés de supplices imaginés.
Le « bam » franc et massif, qui claquait avec un très léger écho, leur donnait l’étrange et désagréable impression d’avoir été brusquement télé portés dans une caverne.
Le tristement célèbre « bam mitraillette », provenant des pétards, était l’un des pires parce qu’il n’avait même pas l’excuse d’engendrer un spectacle de lumière pour compenser son tumulte. Mais c’était avec le « bam » précédé d’un long et néanmoins discret « fizzzzzzz » qu’ils atteignirent le paroxysme du calvaire. Ce pétard-là n’était supportable que lorsqu’il explosait effectivement, ce qui n’était pas toujours le cas. Plus que l’explosion elle-même, c’était l’attente de l’explosion qui les rongeait. Ces longues secondes pendant lesquelles ils savaient qu’ils allaient se prendre un « bam » dans la tronche, sans savoir précisément quand.
Pour fêter la nouvelle année, les islandais avaient ainsi joué avec leur résistance pendant 3 jours et 3 nuits d’affilée.
Le couple avait entendu dire qu’une partie des bénéfices dégagés par la vente des feux d’artifice servait à financer les sauveteurs bénévoles islandais, qui disposaient ainsi de moyens financiers pour former leur personnel, s’équiper… Et puis, pour la petite histoire, chaque feu tiré symbolisait une vie. Une vie sauvée.
Au regard du nombre de lancements effectués, Vanou et Erwan s’étaient dit que si ce mythe avait un fond de vérité, cette nouvelle année n'offrirait que bien peu d'occasions de sauvetages.
(...)
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samedi 27 décembre 2008

BA


Il y a une quinzaine de jours je fus convié à une séance de collage d’étiquettes à l’église qui jouxte l’école de nos deux plus jeunes enfants.
Deux semaines auparavant, nous y avions rencontré un prêtre français, en Islande depuis 25 ans, qui nous avait sollicité pour aider une famille polonaise en proie à quelques difficultés inhérentes à la crise.
Anticlérical et agnostique, mais charitable.

J’entends déjà les commentaires de certains :
« vos enfants fréquentent donc une école privée catholiiiiiique ? »
Ben oui.
La meilleure de Reykjavik et surtout la seule située à moins de 2 minutes à pied de la maison. Cette dernière caractéristique fût d’ailleurs pour nous un critère déterminant. Car n’étaient certaines appréhensions liées à la présence d’un cascadeur miniature au sein de la fratrie, nous aurions pu opter pour un établissement plus éloigné.
Je fais allusion au célèbre PablitoBanana (de son nom de scène), pas encore 10 ans et déjà un palmarès de chutes, culbutes, fractures et hématomes à faire pâlir les plus grands.


En arrivant ici nous avons supposé que nous augmentions sensiblement ses chances de survie en diminuant d’autant le nombre de rues à traverser. A fortiori quant on imagine ce que peut être une capitale située très légèrement au sud du cercle polaire arctique par un doux mois de décembre.
Ah ! On commente moins là, hein ?

Je disais donc, que récemment, ma participation fût à nouveau requise pour préparer l’envoi de saintes brochures.
« Amen-toi » qu’il aurait pu dire le curé.

Lorsque je suis arrivé au presbytère, quelques bonnes âmes œuvraient déjà dans la grande pièce qui, en temps normal, devait servir de réfectoire. Les tables rectangulaires en mélamine de couleur crème avaient été rapprochées afin de réunir les âmes serviables.
Dans la salle bien chauffée, j’ai dénombré de nombreuses croix de tailles différentes, quelques images pieuses d’un Christ agonisant et une dizaine d’Evêques disposés très parallèlement les uns à côté des autres sur un pan de mur entier, entourant un souverain pontife très légèrement surélevé.
L’égalité devant Dieu n’exclut pas certains privilèges ici bas.


Entre 2 nones d’origine mexicaine, 2 islandaises d’un âge canonique, la cousine de mon épouse et le prêtre français, je me suis installé en silence avec mes piles de magazines, à peine réveillé, le cheveu encore hirsute et la barbichette de 3 jours… J’eus mérité la tapette.
Frida Arnadottir à Nagrenni, Hergard Jensen à Grindavik…
Mon intervention a d’abord consisté à coller des étiquettes adresses sur un magazine destiné aux fidèles (lecteurs).
Asgeir Sveinnson à Vesfirdir, Pall Baldursson à Vogar…
A peine avais-je commencé à fixer les étiquettes sur les 4e de couverture que l’une des islandaises présentes, le sourire charitable et mutique, s’était approchée de moi, avait pris ma pile de saints magazines et l’avait retourné pour m’éviter une manipulation inutile ; autrement dit pour augmenter ma cadence.
Cette adepte probable d’une organisation tayloriste du travail s’était ensuite rassise plus silencieuse que jamais et avait repris ses gestes mécaniques avec bien plus d’ardeur que je n’en avais déployé jusqu’à présent.
Les regards ecclésiastiques sans doute mobilisaient-ils la ferveur de la dame.

Une heure plus tard, j’aurais sans doute collé 3,3 étiquettes de plus que mon organisation originelle ne l’eût permis.
Anna Kristin Jensdottir à Flatey, Dean Martin à Akureyri, Dageir Palsson à Hrisey…
Dean Martin à Akureyri ? Pourquoi envoyer Kapolska Kirkjubladid à cet acteur-crooner italo-américain mort depuis plus de 10 ans ? Et de surcroît dans une ville de la taille de Cognac (Charente) ? Dean avait-il eu ici un pied à terre avant d’être enterré 6 pieds sous terre ? Ou bien les mises à jour étaient-elles ici plus contraignantes qu’ailleurs ?

Avec Pablo Néruda collé entre le pouce et l’index quelques instants plus tard j’ai supposé qu’il s’agissait d’un moyen de contrôler les envois ; stratagème utilisé en marketing direct (un peu différemment ailleurs) pour s’assurer que le routeur procède bien aux expéditions dont il a la charge. Adresser cette prose cléricale à un communiste notoire il fallait malgré tout oser. Les islandais ne manquent décidément pas d’humour.

Ma mission s’est achevée avec l’agrafage d’un bordereau destiné à recueillir les dons des abonnés.
Parce que je plaçais ladite bafouille un peu trop bas sur la page, un grand gars musclé, genre Quasimodo, m’a expliqué dans un anglais aux tonalités graves et roucoulantes que je masquais le laïus destiné à convaincre les ouailles de l’intérêt de leurs dons. Le prosélytisme avait ses règles que je me devais de respecter.
Alors, devinant moi aussi les regards des soldats de Dieu emmurés, et souhaitant m’épargner leur céleste courroux, je n’ai pas bronché et permis au sermon dactylographié de faire son office.

Deux heures et un rapide café plus tard j’abandonnais mes condisciples et rentrais chez moi avec le vague sentiment d’avoir perdu mon temps, mais heureux d'avoir fait ma BA.

vendredi 12 décembre 2008

Elle...


Elle est dense, lourde, opaque.
Elle s’allonge, elle s’étale, elle s’étire longuement comme un chat mollasson.
Elle vous traîne, elle vous tire, elle vous plaque au sol comme un judoka.
Elle empêche le jour d’y voir clair, envahit l’espace et s'approprie le temps.
Qu’est il besoin de voir quand il fait encore noir ?


Elle triche, elle trompe, elle ment.
Elle fausse la réalité, travesti votre jugement.

Elle agite les ombres douces de vos songes encore chauds, qui tournicotent alors, qu'avec difficulté, vous tentez sans cesse la verticalité.
Elle laisse échapper les traces furtives de vos rêves-hologrammes, objets qui soudain s'animent, comme s'ils avaient une âme.

Elle est une femme aimante qui déploie ses charmes pour vous séquestrer.
Une putain aguicheuse, devenue envieuse du sommeil que vous lui offrez, chaque soir, pour la récompenser.

Vous, le client fidèle, qui sombrez heureux dans ses bras épais, hésitez encore et encore à quitter la belle quand l'obscurité s’éveille.
Elle occupe alors vos pensées engourdies, alourdit vos paupières, brise l’équilibre incertain de vos gestes maladroits ; elle fait de vous un jeune enfant béat, en passe de découvrir que ses bras ne seront pas toujours deux jambes de secours.

Pourtant vous la vaincrez, lentement, en l’ingurgitant.
Elle perdra sa force, libérera son étreinte, quand le liquide noir et brûlant, aura diffusé ses arômes caféinés.
Aujourd'hui non plus, elle n’aura pas gagné.

Elle, c'est la nuit d'ici.

lundi 8 décembre 2008

Matinée bleue.


C’était bien. C’était bon. C’était bien bon cette matinée bleue.
Jeudi dernier, Rob (mon copain hollandais) et moi sommes allés au Blue Lagoon, du nom de cette station thermale située à une cinquantaine de kilomètres de Reykjavik, à proximité de Grindavik et de l’aéroport international de Kéflavik.

Matinée bleue parce qu’il faisait beau.
Alors plutôt que de prendre la route qui longe l’océan, nous avons bifurqué vers l’intérieur de l’île. Un détour d’une quinzaine de kilomètres pour assister au réveil du roi soleil et contempler les étendues volcaniques blanchies par le froid.

À 10h30, l’astre endormi peinait toujours à escalader les pics entaillés pour éclairer le paysage lunaire. À mesure qu’il hissait lentement ses teintes cinabre au-dessus des monts alentours, la terre se délestait
progressivement de sa couverture nocturne ; en reculant, les ombres noires révélaient le sol nu, jonché de ses lames de lave pointées vers le ciel tels des astéroïdes plantés par milliers sur le globe assoupi.

Nous avons roulé prudemment sur la petite route déserte en contemplant les vagues de poussière blanche qui déferlaient devant nous, mues par le vent humide et glacé.

Une courte halte pour observer les fumerolles, ces gaz chauds fortement soufrés, puis nous avons atteint le village de pêcheur de Grindavik.


En découvrant de vieilles photos sur un site web du lieu, j’ai supposé qu'une trentaine d'années plus tôt, cet endroit aurait pu ressembler aux paysages qu'a décrits Jorn Riel dans certains de ses récits d'aventures groenlandaises.
Quelques maisons en tôle ondulée, aux toits rouges, verts ou
bleus, posées comme des constructions de Légo à proximité de l’écume. Un village de bout du monde claqué par les rafales océanes.

Matinée bleue encore, parce que l’eau qui alimente ce lac artificiel de 200m de long, est chargée en algues qui lui donne cette couleur turquoise et qui aurait pu rappeler certains autres lagons beaucoup plus à l'est et un peu plus au sud,
n'étaient les -2° de la température extérieure.

Nager dans 30 à 40° de chaleur aqueuse au milieu des champs de lave et des lichens n'en demeure pas moins une expérience étonnante.
D'abord parce que vos oreilles flirtent avec le vent glacé, pendant que votre corps bout. Seules les variations Celsius guidaient mes déplacements ; à la recherche de la température perdue, j'avançais ou reculais pour gagner quelques degrés.
Ensuite, pour éviter que mon crâne ne finisse par se confondre avec la couleur locale, je l'ai autorisé à s'enfoncer
de temps à autre dans l'eau chaude, chargée en silice et naturellement riche en sels minéraux. Ainsi réchauffé, je pouvais profiter du spectacle sans risquer de me transformer en glaçon. Au bout de quelques minutes ma coupe avait toutefois singulièrement changé, au point de s'être figée dans une composition capillaire inhabituelle de stalagmites brunes.
Les rares touristes présents ont dû penser que j'étais un chanteur punk perdu au milieu de nulle part.

Enfin, à l'une des extrémités du lieu, une cascade déversait ses trombes d'eau chaude et massive. Il m'a suffit de positionner mon dos sous les mains chaudes et dégoulinantes pour savourer cette séance de massage naturel. Je parvenais à peine à tenir debout tant le poids de l'eau chutant sur mes épaules était important.

La seule vraie difficulté aura consisté à transiter de l'intérieur du bâtiment jusqu'à cette eau voluptueuse. Car il aura fallu faire franchir à mon corps dégraissé et dénudé ces quelques mètres-là avec pour seule protection un maillot de bain, lequel ne préserva que les parties les plus sensibles de ma frêle anatomie.
Une sorte d'apnée calorifique en quelque sorte.
L'expérience fut malgré tout fort plaisante.
Je la recommande.


Photos en noir&blanc visibles sur le site www.saltfisksetur.is.