Mon Sex existe enfin !
Mon "Sex à Reykjavik".
Conte déjanté, aventure familiale déraisonnable et parfaitement assumée, histoire d'amour contrariée; ce récit s'apparente à un patchwork d'émotions volcaniques et de péripéties glacées, avec l'Islande en toile de fond et l'auto dérision pour tonalité.
Reste plus qu'à...
Le plus difficile donc.
Trouver l'éditeur.
Un 2009 tout neuf s'apprête à chasser un 2008 qui s'enfuit sans espoir de retour ; alors je vous livre l'extrait qui convient.
Bonne année à vous.
Le bruit de la fête.
Ils passèrent leur premier nouvel an en famille. À 6 donc. Cette nouvelle année marqua le début de mésaventures successives qui allaient troubler la paisible existence familiale. Le soir du 31 décembre, chacun avait son chapeau en carton et son lot de serpentins colorés. Comme à son habitude, Erwan avait préparé le repas : foie gras, saumon, crevettes grillées cuites au soja et au citron vert, le tout accompagné d’une poêlée de pommes de terre et de carottes sautées. Pas si sautées que cela en fait. Il avait craint que ses légumes ne fussent pas assez cuits. Ils le furent trop. Le terme « purée » eut été plus adapté à l’apparence de sa préparation finale.
Depuis qu’il était ici, il cuisinait presque chaque jour avec bonheur. Mais le plaisir était-il partagé ? Erwan s’interrogeait d’autant plus sur la sincérité des compliments qui lui étaient adressés que la saveur de ses plats pouvait s’avérer, de son propre aveu, parfois douteuse. Ses efforts assidus, sa persévérance incitaient-ils Vanou à lui épargner des critiques pourtant souvent méritées ? Il était une sorte d’AssuranceTourix, barde approximatif, chanteur incertain, que l’on épargnait parfois tant son acharnement apparaissait sympathique.
On leur avait dit que pendant cette période de fêtes, ils allaient découvrir le feu d’artifice islandais. L’idée que Vanou et Erwan s’en faisaient correspondait au souvenir de ceux auxquels ils avaient assisté en France, le 15 août : 15 à 20 minutes de détonations ininterrompues dans un ciel bardé de couleurs. Un truc de pro. Un spectacle. Mais un spectacle qui finissait par s’arrêter. En Islande, il n’y avait pas un, mais des feux d’artifices. Et ils duraient environ un mois. En fait, chaque islandais, du plus jeune au plus âgé, pouvait s’improviser organisateur de show pyrotechnique. Ils ne s’en privaient pas. Les hostilités démarrèrent dès le 29 décembre. Phase d’entraînement sans doute. De préférence jusqu’à 2h du matin. Et ils se poursuivirent jusque dans la nuit du 30 janvier environ. Plus qu’un rite festif, il devait s’agir du sport national islandais. Vanou eut préféré qu’ils optassent pour le cerf-volant.
Elle avait cru d’abord que leur quartier avait été sélectionné pour une expérience visant à mesurer la capacité de résistance au bruit d’une famille normalement constituée. Il lui avait semblé que les rampes de lancement avaient été délibérément situées dans un rayon de 50 à 100 mètres de leur maison. Ils ne profitaient donc pas nécessairement des jolis palmiers, pivoines et autres saules pleureurs que dessinaient ces feux, et qui pouvaient être masqués par les maisons alentours, mais ils pâtissaient assurément des détonations qui les accompagnaient.
Le feu d’artifice amateur présentait par ailleurs cette caractéristique très agaçante de pouvoir éclater dans un bruit assourdissant sans pour autant déployer sa cohorte de nuances variées. Une sorte de coït visuel interrompu. Moins frustrant que l’autre, mais aussi beaucoup plus bruyant. Ils récoltaient tous les effets secondaires sans être soulagés de leur désir de divertissement.
Vanou avait fini par comprendre que l’expérience était générale. Car pour avoir un meilleur point de vue, ils s’étaient tous rendus dans les bureaux de Sinak, situés au dernier étage d’un immeuble qui en comptait 4. Du balcon, ils pouvaient profiter d’un panorama exceptionnel sur toute la capitale.
Reykjavik ressemblait à une ville assiégée ; étrangement déserte. Après l’effervescence de Noël, un no man’s land. Ils avaient dénombré jusqu’à 12 feux d’artifice simultanés. Proches ou éloignés. Une expérimentation de résistance au bruit à grande échelle donc. Une tentative éphémère et répétée d’occupation du ciel. Las, après avoir admiré une centaine de courtes exhibitions colorées plus ou moins abouties, lorsque les qualificatifs – oh la belle bleue, oh la belle rouge… - vinrent à manquer pour décrire le cent unième et qu’une pluie glacée fit son apparition, ils jugèrent préférable de renoncer. Ils étaient donc rentrés.
La rareté donne leur valeur aux choses. Les feux d’artifice n’échappent pas à la règle. En arrivant chez eux vers deux heures du matin, les déflagrations continuaient. Le sentiment d’être des cobayes s’était estompé, pas celui d’être des cibles. Dans leurs lits, à peine tentaient-ils de fermer un œil qu’une détonation les faisait sursauter. Dans la pénombre de leur chambre, lorsqu’ils tombaient dans un demi-sommeil, le moindre froissement, le plus infime craquement prenait des proportions démesurées. Alors que dire du son d’explosions et de pétarades savamment orchestrées ?
Curieusement, l’inventivité de l’être humain n’était jamais aussi créative que lorsqu’il s’agissait de traumatiser ses semblables. Et en matière d’explosions, l’islandais moyen faisait preuve d’un talent rare. Faute de pouvoir dormir, Vanou et Erwan comptabilisèrent les différentes variétés de supplices imaginés.
Le « bam » franc et massif, qui claquait avec un très léger écho, leur donnait l’étrange et désagréable impression d’avoir été brusquement télé portés dans une caverne. Le tristement célèbre « bam mitraillette », provenant des pétards, était l’un des pires parce qu’il n’avait même pas l’excuse d’engendrer un spectacle de lumière pour compenser son tumulte. Mais c’était avec le « bam » précédé d’un long et néanmoins discret « fizzzzzzz » qu’ils atteignirent le paroxysme du calvaire. Ce pétard-là n’était supportable que lorsqu’il explosait effectivement, ce qui n’était pas toujours le cas. Plus que l’explosion elle-même, c’était l’attente de l’explosion qui les rongeait. Ces longues secondes pendant lesquelles ils savaient qu’ils allaient se prendre un « bam » dans la tronche, sans savoir précisément quand.
Pour fêter la nouvelle année, les islandais avaient ainsi joué avec leur résistance pendant 3 jours et 3 nuits d’affilée.
Le couple avait entendu dire qu’une partie des bénéfices dégagés par la vente des feux d’artifice servait à financer les sauveteurs bénévoles islandais, qui disposaient ainsi de moyens financiers pour former leur personnel, s’équiper… Et puis, pour la petite histoire, chaque feu tiré symbolisait une vie. Une vie sauvée. Au regard du nombre de lancements effectués, Vanou et Erwan s’étaient dit que si ce mythe avait un fond de vérité, cette nouvelle année n'offrirait que bien peu d'occasions de sauvetages.
Depuis qu’il était ici, il cuisinait presque chaque jour avec bonheur. Mais le plaisir était-il partagé ? Erwan s’interrogeait d’autant plus sur la sincérité des compliments qui lui étaient adressés que la saveur de ses plats pouvait s’avérer, de son propre aveu, parfois douteuse. Ses efforts assidus, sa persévérance incitaient-ils Vanou à lui épargner des critiques pourtant souvent méritées ? Il était une sorte d’AssuranceTourix, barde approximatif, chanteur incertain, que l’on épargnait parfois tant son acharnement apparaissait sympathique.
On leur avait dit que pendant cette période de fêtes, ils allaient découvrir le feu d’artifice islandais. L’idée que Vanou et Erwan s’en faisaient correspondait au souvenir de ceux auxquels ils avaient assisté en France, le 15 août : 15 à 20 minutes de détonations ininterrompues dans un ciel bardé de couleurs. Un truc de pro. Un spectacle. Mais un spectacle qui finissait par s’arrêter. En Islande, il n’y avait pas un, mais des feux d’artifices. Et ils duraient environ un mois. En fait, chaque islandais, du plus jeune au plus âgé, pouvait s’improviser organisateur de show pyrotechnique. Ils ne s’en privaient pas. Les hostilités démarrèrent dès le 29 décembre. Phase d’entraînement sans doute. De préférence jusqu’à 2h du matin. Et ils se poursuivirent jusque dans la nuit du 30 janvier environ. Plus qu’un rite festif, il devait s’agir du sport national islandais. Vanou eut préféré qu’ils optassent pour le cerf-volant.
Elle avait cru d’abord que leur quartier avait été sélectionné pour une expérience visant à mesurer la capacité de résistance au bruit d’une famille normalement constituée. Il lui avait semblé que les rampes de lancement avaient été délibérément situées dans un rayon de 50 à 100 mètres de leur maison. Ils ne profitaient donc pas nécessairement des jolis palmiers, pivoines et autres saules pleureurs que dessinaient ces feux, et qui pouvaient être masqués par les maisons alentours, mais ils pâtissaient assurément des détonations qui les accompagnaient.
Le feu d’artifice amateur présentait par ailleurs cette caractéristique très agaçante de pouvoir éclater dans un bruit assourdissant sans pour autant déployer sa cohorte de nuances variées. Une sorte de coït visuel interrompu. Moins frustrant que l’autre, mais aussi beaucoup plus bruyant. Ils récoltaient tous les effets secondaires sans être soulagés de leur désir de divertissement.
Vanou avait fini par comprendre que l’expérience était générale. Car pour avoir un meilleur point de vue, ils s’étaient tous rendus dans les bureaux de Sinak, situés au dernier étage d’un immeuble qui en comptait 4. Du balcon, ils pouvaient profiter d’un panorama exceptionnel sur toute la capitale.
Reykjavik ressemblait à une ville assiégée ; étrangement déserte. Après l’effervescence de Noël, un no man’s land. Ils avaient dénombré jusqu’à 12 feux d’artifice simultanés. Proches ou éloignés. Une expérimentation de résistance au bruit à grande échelle donc. Une tentative éphémère et répétée d’occupation du ciel. Las, après avoir admiré une centaine de courtes exhibitions colorées plus ou moins abouties, lorsque les qualificatifs – oh la belle bleue, oh la belle rouge… - vinrent à manquer pour décrire le cent unième et qu’une pluie glacée fit son apparition, ils jugèrent préférable de renoncer. Ils étaient donc rentrés.
La rareté donne leur valeur aux choses. Les feux d’artifice n’échappent pas à la règle. En arrivant chez eux vers deux heures du matin, les déflagrations continuaient. Le sentiment d’être des cobayes s’était estompé, pas celui d’être des cibles. Dans leurs lits, à peine tentaient-ils de fermer un œil qu’une détonation les faisait sursauter. Dans la pénombre de leur chambre, lorsqu’ils tombaient dans un demi-sommeil, le moindre froissement, le plus infime craquement prenait des proportions démesurées. Alors que dire du son d’explosions et de pétarades savamment orchestrées ?
Curieusement, l’inventivité de l’être humain n’était jamais aussi créative que lorsqu’il s’agissait de traumatiser ses semblables. Et en matière d’explosions, l’islandais moyen faisait preuve d’un talent rare. Faute de pouvoir dormir, Vanou et Erwan comptabilisèrent les différentes variétés de supplices imaginés.
Le « bam » franc et massif, qui claquait avec un très léger écho, leur donnait l’étrange et désagréable impression d’avoir été brusquement télé portés dans une caverne. Le tristement célèbre « bam mitraillette », provenant des pétards, était l’un des pires parce qu’il n’avait même pas l’excuse d’engendrer un spectacle de lumière pour compenser son tumulte. Mais c’était avec le « bam » précédé d’un long et néanmoins discret « fizzzzzzz » qu’ils atteignirent le paroxysme du calvaire. Ce pétard-là n’était supportable que lorsqu’il explosait effectivement, ce qui n’était pas toujours le cas. Plus que l’explosion elle-même, c’était l’attente de l’explosion qui les rongeait. Ces longues secondes pendant lesquelles ils savaient qu’ils allaient se prendre un « bam » dans la tronche, sans savoir précisément quand.
Pour fêter la nouvelle année, les islandais avaient ainsi joué avec leur résistance pendant 3 jours et 3 nuits d’affilée.
Le couple avait entendu dire qu’une partie des bénéfices dégagés par la vente des feux d’artifice servait à financer les sauveteurs bénévoles islandais, qui disposaient ainsi de moyens financiers pour former leur personnel, s’équiper… Et puis, pour la petite histoire, chaque feu tiré symbolisait une vie. Une vie sauvée. Au regard du nombre de lancements effectués, Vanou et Erwan s’étaient dit que si ce mythe avait un fond de vérité, cette nouvelle année n'offrirait que bien peu d'occasions de sauvetages.
(...)
Tous droits réservés - Dépôt Cléo/SGDL











